
Gospo Struvin passa près de lui en longeant le bastingage de bâbord.
— Hé ! s’écria-t-il. Qui a laissé traîner ce filet, ici ? C’est toi, Neyana ?
— Pas moi, répondit Neyana Golghoz qui passait le faubert sur l’avant du pont, sans même se donner la peine de lever la tête. Il faut demander à Kinverson ; c’est lui qui s’occupe des filets.
Le filet en question était formé d’un enchevêtrement de fibres jaunes et humides reposant en tas près du bastingage. En passant devant, Struvin lança un coup de pied dans sa direction, comme l’on repousse un objet sans valeur. Puis il grommela un juron et lança un second coup de pied. Lawler tourna la tête vers lui et vit que l’une des bottes de Struvin s’était prise dans les mailles du filet. La jambe en l’air, le capitaine donnait de violents coups de pied, comme s’il voulait se libérer de quelque chose de visqueux et de très adhérent.
— Hé ! s’écria Struvin. Hé !
Une partie du filet était déjà montée jusqu’à la moitié de sa cuisse et l’enserrait fermement. Le reste avait franchi le bastingage et commençait à glisser vers la mer.
— Docteur ! hurla Struvin.
Lawler se précipita vers lui, Neyana sur ses talons. Mais le filet se déplaçait avec une rapidité incroyable. Il ne ressemblait plus du tout à un amas informe de substance fibreuse ; il s’était redressé et se présentait maintenant sous la forme d’un organisme formé de mailles, long d’à peu près trois mètres et qui entraînait rapidement Struvin par-dessus bord.
