— Juste savoir ce que nous faisions là. On ne peut pas naviguer longtemps sur cet océan sans être espionné par ses habitants. Nous aurons encore pas mal de visites. Regardez là-bas, docteur ! À tribord !

Lawler tourna la tête dans la direction indiquée par le capitaine. La forme gonflée, vaguement sphérique d’une créature gigantesque, était visible juste au-dessous de la surface de l’eau. Énorme, verdâtre, criblée de trous, on eût dit une lune tombée du ciel. Au bout de quelques instants, Lawler vit que ce qu’il avait pris pour de simples trous était en réalité des sortes de cavités buccales très rapprochées les unes des autres et couvrant toute la surface de la sphère, qui s’ouvraient et se refermaient continuellement. Des centaines, peut-être un millier de bouches avides en mouvement perpétuel. Une infinité de longues langues bleutées, dardées avec vivacité, frappaient la surface de l’eau comme des fouets. L’étrange créature n’était que bouches, une gigantesque machine flottante uniquement conçue pour manger.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Lawler en faisant une grimace de dégoût.

Mais Struvin, pas plus que Delagard, ne fut capable de lui donner un nom. Ce n’était qu’un habitant anonyme et hideux de la mer, un horrible monstre flottant qui s’était approché pour voir si le petit convoi pouvait lui procurer une nourriture quelconque. Porté par les flots, il s’éloigna lentement, sa myriade de bouches continuant de fonctionner sans répit. Une vingtaine de minutes plus tard, les navires entrèrent dans une zone grouillante de grosses méduses rayées d’orange et de vert. De gracieuses ombrelles luisantes, de la taille de la tête d’un homme, d’où partaient en ondulant des tentacules rouges et charnus, de l’épaisseur d’un doigt, qui paraissaient longs de plusieurs mètres. Les méduses semblaient bienveillantes et même comiques, mais tout autour d’elles la surface de l’eau bouillonnait et fumait comme si elles dégageaient quelque acide puissant.



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