Il flotte de surcroît sur ce livre, comme il arrive chez Conrad, et chez Melville, cet autre marin atterré, comme une réminiscence de la Bible, dès le titre qui évoque « la face de l’abîme » et « l’Esprit de Dieu… porté sur les eaux » du second verset de la Genèse, et aussi dans les monstres marins qui rappellent Léviathan, Béhémoth, Rahab, « le Serpent tortueux, le puissant aux sept têtes » de la prophétie d’Isaïe, les dragons polycéphales du Psalmiste et aussi « la bête aux dix cornes et sept têtes » de l’Apocalypse de Jean de Patmos. Jusque sur un monde lointain, les vieux accents du Livre irrémédiablement perdu trouvent un écho. Celui d’une culture qui est devenue inconsciente mais qui porte encore le sentiment du sacré. Mais les signes du démon se trouvent ici retournés au profit d’une sorte de panthéisme, ou plutôt d’animisme planétaire.

Car il est encore une piste à explorer à propos de ce roman, celle d’une métaphore de la vie prise entre la naissance et la mort… Les humains sont jetés sur Hydros, littéralement depuis le ciel, sans possibilité de retour, presque nus, presque sans aucune possession. Ils sont ensuite ballottés par les flots et par leurs pulsions avec leur seule ingéniosité pour remède, comme autant d’Ulysses sans retour possible vers aucune Ithaque. Il leur reste à espérer, au-delà de la vie séparée, une fusion qui leur assurerait une sorte d’immortalité avec la fin de la solitude. Mais si c’était un piège ?

Qui se perdra verra.


Gérard KLEIN


Pour Charlie Brown,

enfin au centre de tous les regards

Et ce n’est pas vraiment trop tôt.



3 из 450