
Quillan hésitait encore. Une voix timide monta de l’arrière du petit groupe.
— Notre Père qui êtes aux cieux… Que votre nom soit sanctifié…
— Non ! lança le prêtre qui donnait l’impression de sortir lentement d’un profond sommeil. Pas celle-là… Je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, poursuivit-il gauchement en s’humectant les lèvres, mais je n’ai rien à redouter, car tu es avec moi.
Quillan eut une nouvelle hésitation. Il semblait chercher ses mots.
— Tu prépares une table devant moi en présence de mes ennemis… La bonté et la clémence m’accompagneront tous les jours de ma vie.
Pilya Braun s’avança vers Lawler et le prit par les coudes en tournant ses mains pour voir les marques rouges dont elles conservaient l’empreinte.
— Venez, dit-elle doucement. Nous allons descendre et vous me montrerez quel baume il faut utiliser.
Lawler se retrouva dans sa petite cabine, au milieu de ses poudres et de ses potions.
— Prenez ça, dit-il. Ce flacon-là.
— Ça ? demanda-t-elle, l’air soupçonneux. Mais ce n’est pas un baume !
— Je sais. Versez d’abord quelques gouttes dans un verre d’eau et donnez-le-moi. Ensuite, nous mettrons le baume.
— Qu’est-ce que c’est ? Un analgésique ?
— Oui, c’est ça. Un analgésique.
Pilya commença à préparer le remède. C’était une jeune femme d’environ vingt-cinq ans, aux cheveux dorés et aux yeux bruns, au visage joufflu et au teint éclatant, large d’épaules et de poitrine, charmante, robuste et, s’il fallait en croire Delagard, travailleuse. Elle était tout à fait à son aise dans le gréement d’un navire. Lawler ne l’avait jamais beaucoup fréquentée à Sorve, mais, vingt ans auparavant, il avait noué une brève liaison avec sa mère, Anya. Il avait à l’époque à peu près l’âge de Pilya dont la mère, à trente-cinq ans, avait conservé des formes sveltes. Mais cela n’avait été qu’une passade stupide et sans lendemain dont Lawler doutait que Pilya fût au courant.
