
— Gospo ! hurla-t-il. Gospo !
Mais il ne reçut aucune réponse.
— Et merde ! Cinq jours de mer et quelqu’un a déjà disparu ! Ce n’est pas possible !
Il se détourna du bastingage au moment où le reste de l’équipage apparaissait, Léo Martello en tête, suivi du père Quillan, de Onyos Felk et de tous les autres. Delagard pinça les lèvres et gonfla les joues. Il avait le visage cramoisi de fureur incrédule et d’horreur. La profondeur du chagrin de Delagard étonna Lawler. Struvin avait péri d’une manière particulièrement atroce, mais il existait peu de bonnes manières de mourir. Et le médecin n’aurait jamais imaginé que Delagard pût se soucier de qui ou de quoi que ce fût d’autre que de lui-même.
— Avez-vous déjà entendu une histoire comme celle-là ? demanda l’armateur en se tournant vers Kinverson.
— Jamais. Jamais de ma vie !
— Quelque chose qui ressemblait à un filet tout à fait normal, répéta Delagard. Un vieux filet dégoûtant qui a bondi sur lui et s’est enroulé autour de son corps ! Mais où sommes-nous ici ? Saleté de mer !
L’armateur continuait de secouer la tête, comme si, en la secouant assez longtemps et assez vigoureusement, il pouvait réussir à faire sortir Struvin de l’eau.
— Père Quillan ! s’écria-t-il en se retournant brusquement vers le prêtre. Voulez-vous dire une prière ?
— Comment ? demanda le prêtre, l’air égaré.
— Vous n’avez pas entendu ? Nous avons perdu l’un des nôtres… Struvin est tombé à la mer. Quelque chose a grimpé sur le pont et l’a entraîné par-dessus bord.
Quillan garda le silence. Il leva les mains, les paumes tournées vers le ciel, comme pour signifier que les choses qui sortaient de l’océan pour monter à bord d’un navire n’étaient pas de la compétence d’un simple prêtre.
— Bon Dieu ! Dites une petite prière ! Dites quelque chose !
