Il ne fallut que quelques instants à Pilya pour trancher la partie du filet adhérant aux mains de Lawler et le médecin put se relever. Cette portion était à l’évidence trop petite pour rester vivante. Elle se ratatina en se détachant de ses doigts et il la lança au loin. Pendant ce temps, Kinverson continuait à fouler aux pieds la partie du filet restée sur le pont après que Struvin eut été entraîné par-dessus bord.

L’air hébété, Lawler s’avança en titubant vers le bastingage avec la vague intention de plonger pour aller aider Struvin. Kinverson sembla comprendre ce qu’il voulait faire. Il allongea le bras, saisit le médecin par l’épaule et le tira en arrière.

— Ne soyez pas stupide ! dit-il. Dieu seul sait ce qui grouille là-dessous et vous attend.

Lawler acquiesça d’un signe de tête hésitant. Il s’écarta du bastingage et regarda ses doigts brûlés. L’empreinte brillante d’un réseau de lignes rouges se détachait sur sa peau. La douleur était insoutenable ; il avait le sentiment que ses mains allaient exploser.

La scène n’avait pas duré plus d’une minute et demie.

Delagard sortit par l’écoutille et se précipita vers eux, l’air à la fois agacé et inquiet.

— Que se passe-t-il ici ? Pourquoi toute cette agitation et ces cris ? Où est passé Gospo ? ajouta-t-il après un silence.

Le souffle court, la gorge sèche, le cœur battant, incapable d’articuler un mot, Lawler désigna le bastingage avec un petit signe de la tête.

— Par-dessus bord ? dit Delagard d’un ton incrédule. Il est tombé à la mer ?

Il s’élança vers le bord et se pencha par-dessus le bastingage. Lawler vint le rejoindre. Tout semblait calme : l’armée grouillante et frémissante de méduses avait disparu de l’eau sombre, lisse et silencieuse. Pas la moindre trace de Struvin, ni de la créature qui l’y avait entraîné.



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